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LA VIE DE CHÂTEAU

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EXPO DU RIVAU 2017 : IL ÉTAIT UNE FOIS, LA VIE DE CHÂTEAU

Monument privé, ouvert au public depuis 16 ans par la famille Laigneau, le  Château du Rivau a la particularité de présenter chaque année une exposition d’art contemporain conçue par Patricia Laigneau, collectionneur d’art contemporain depuis 40 ans. Lors des expositions, des artistes renommés réinterprètent l’imaginaire de la vie de château. Patricia Laigneau privilégie les démarches qui explorent l’Histoire et ses représentations par différents médiums et a aussi à coeur de mettre à l’honneur les artistes femmes.

Cette année 2017, les oeuvres choisies reinterprètent avec poésie le thème que l’on a coutume d’appeler la vie de Château. Dans les salles du château médiéval, l’art d’aujourd’hui réactive le monde du merveilleux. Dans les 8 grandes salles du château médiéval dédiées à l’histoire et à la vie de château au XVe siècle, 32 peintures, dessins, sculptures, collages, céramiques, art verrier, photographies, vidéos, taxidermies et installations signées d’artistes contemporains dialoguent avec les œuvres d’art de la collection permanente.

Karine Marenne au Château du Rivau – Coutesy Duboisfriedland

De salle en salle, le visiteur est immergé dans différents univers…

Dans la salle consacrée aux grands seigneurs, Daniel Schlier, transpose le héros médiéval en une icône actuelle.

Pour illustrer une jacquerie contre les châtelains, l’artiste italien Tonino Cragnolini utilise les procédés des maîtres anciens.

L’artiste américain David Scher croque avec ironie dans des situations cocasses voire absurdes l’image idéale du chevalier avec ses dessins humoristiques à mi-chemin entre la BD et le croquis.

La statue en armure peinte par Mathieu Cherkitt rompt aussi avec la tradition de la représentation, tout en cherchant une voie différente puisque l’artiste reprend les codes matissiens de la couleur tout en malmenant les lois de la perspective, cela pour mieux perturber notre regard.

Sabine Pigalle revisite le mythique portrait des époux Arnolfini peint par Jan Van Eyck en 1434.

Thibault de Gialluly évoque avec humour le fantasme d’un Château en Espagne au sein duquel les ministères se succèdent dans des missions aux allures parfois médiévales.

Autre idéal chevaleresque : la figure de « Frère Jean des entommeures », héros burlesque à qui l’artiste Hervé Le Nost donne vie à l’aide du verre. Ce personnage humaniste, mais drolatique avait été inventé par Rabelais au XVIe siècle. L’écrivain imagina aussi d’offrir Le Rivau au vainqueur des guerres pichrocolines ( Gargantua,I, V)

Elodie Antoine au château du Rivau – Courtesy of Aéroplastics

L’art d’aujourd’hui réactive le monde du merveilleux

Au-dessus du cabinet de bois doré datant du XVIe siècle, se trouve le dessin animé Jardin des Ombres de l’artiste hongroise Eva Magyarosi. Celui-ci entremêle les héros merveilleux aux arbres et fleurs des jardins du Rivau en une sorte de rêve éveillé. Lui faisant face, la pièce Salvatore Mundi de Jan Fabre fait revivre le mythe du chevalier errant. Dans chacune des croisées des fenêtres à meneaux, Hervé Le Nost a placé un signe héraldique parasité et décalé par des personnages très graphiques.

Au mur, les deux silhouettes mi-humaines mi-animales du grand papier découpé Deux cerfs d’Ulla von Brandenburg semblent s’être échappé du théâtre d’ombres chinois.

L’artiste Magalie Vaillant emprunte au registre du décor de château, le cuir doré façon cuir de Cordoue.

En résonnance, Deer hanging, des deux frères suisses Alexandre et John Gailla qui collaborent pour créer des sculptures animalières à partir de fils de fers soudés et de fils nylon collés. Inspirés par l’oppression et la mort que l’homme fait subir au règne animal , les artistes génèrent une pièce à la forte puissance évocatrice sans tomber dans le mortifère.

L’univers de Nadia Sabourin est un monde onirique. Son Snow Red dévoile une perte de l’innocence et un monde merveilleux attaché à la vision du château de conte de fées enchâssé dans la forêt.

La pièce de Jeff Koons, Rudolf the Red-Nosed Reindeer, Paddle Ball Game montre l’obsession de l’artiste pour les animaux fétiches de l’enfance.

Les constructeurs de châteaux et les lignées aristocratiques semblent tourner en dérision par Wim Delvoye. La série des Pelles peintes de motifs héraldiques désacralise les Dynasties. En effet, il ose associer la forme des armoiries à la forme utilitaire des pelles.

Ici, Sabine Pigalle amalgame photographies et peintures au moyen de collages multiples, tant visuels que temporels. Ainsi le travail de mémoire opère : l’oeuvre renvoie certes par sa construction à une représentation conventionnelle de la Cène. Celle-ci peinte maintes fois au cours des siècles, mais fait aussi référence aux grands tableaux des confréries autrefois peints par Rembrandt.

Violaine Laveaux a revisité les codes des services de table d’esprit Renaissance, aux armes des grandes familles. L’artiste mêle son imaginaire aux décors historiés des vaisselles seigneuriales.

Pierre Joseph a conté la venue de La belle au bois dormant lors de l’exposition Little democracy. Cette dernière, qui a eu lieu en 2002 au château du Rivau en en gardant la mémoire par la trace photographique.

D’autres effigies répondent à une démarche plus prosaïque : l’artiste belge Karine Marenne met en scène avec humour les rapports de forces qui régissaient les relations hommes/ femmes dans la société médiévale.

Antoine Roegiers est hanté par la peinture d’Histoire. Sa mise en scène personnelle pose La cape rouge comme la survivance des images émotionnelles transmises par le passé. Autre objet de luxe, les tapisseries.

Le photographe Roger Wagner est émerveillé par l’univers décrit sur les tapisseries. Ainsi, il  a choisi d’éclairer le regardeur en portant son attention sur des détails merveilleux et quelquefois chimériques imaginés par les artistes cartonniers du 15e siècle.

Il est dit que Jeanne d’Arc est venue au Rivau après l’entrevue de Chinon pour y choisir des chevaux de guerre avant le siège d’Orléans. Pour remémorer ce haut fait, le château du Rivau a fait appel à Julien Salaud, enfant d’ Orléans. Julien Salaud a conçu une armure de plumes de faisan Colchide pour sa Jeanne de Colchide. En effet, l’artiste indique ainsi la part du symbolique que représente pour lui, Jeanne d’ Arc protégée seulement par la dérisoire protection d’une parure de de plumes et de perles .

Sur le coffre, les 3 pièces sculptées par Violaine Laveaux dans de la porcelaine mêlée de laine d’acier invitent à se remémorer les accessoires en vogue au temps de Jeanne d’Arc. On avait coutume d’utiliser des mailles d’acier pour renforcerles chausses. L’artiste explore la mémoire de ce matériau pour stimuler et solliciter poétiquement l’imaginaire médiéval.