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Sabine Pigalle

BIOGRAPHIE DE SABINE PIGALLE

Sabine Pigalle est une photographe et plasticienne née en France en 1963. Après des études de Lettres à la Sorbonne, elle découvre la photographie notamment aux côtés du fameux Helmut Newton. Sabine Pigalle, artiste visuelle privilégiant le medium photographique, s’inscrit dans la mouvance d’une nouvelle génération d’artistes navigant aux frontières troubles de la réalité et de la fiction. Les principaux axes de son travail interrogent le patrimoine, les mythes, la notion temporelle, la mémoire collective, et se concentrent autour du portrait traité comme représentation d’archétypes décalés. Apparentée au mouvement de la Post-photographie, elle produit des oeuvres transversales qui hybrident photographie et peinture, art ancien et art contemporain, figuration et abstraction. Expositions

Sabine Pigalle au château du Rivau

Sabine Pigalle au Château du Rivau

L'OEUVRE DE SABINE PIGALLE

Les photos de Sabine Pigalle offrent deux niveaux de lectures. Au premier abord, l’image paraît plaisante, voir commerciale. Si on l’analyse de plus près, on y voit une critique de la société. Son travail est un art numérique et visuel. Elle mélange des techniques comprenant de la photographie mais aussi de la peinture qui est ensuite retravaillé à l’ordinateur pour jouer sur les ombres. Elle crée alors un assemblage de photographies pris sur des tableaux, qu’elle retravaille pour créer un seul et même tableau. En d’autres termes, Sabine Pigalle réalise des photographies hybrides qui convoquent art contemporain et art classique. Elle réinterprète les choses pour donner une illusion de vérité de l'image. « Mais pour moi, la technique n’est qu’une partie d’expression, ce n’est pas un exercice de virtuose » déclare-t-elle. Sabine Pigalle met en œuvre une manière de repenser les œuvres majeures de l'art ancien où elle apparaît comme commentatrice. Elle met en valeur ce lien avec le passé avec sa série Time Quakes en faisant une sorte de compression temporelle. Ces rapports entre l'art ancien et l'art contemporain font réfléchir sur l'Histoire de l'Art et rend compte qui nous sommes, d'où nous venons. Par ses œuvres, Sabine Pigalle participe à notre patrimoine et à notre mémoire collective.

L'OEUVRE DE SABINE PIGALLE AU CHATEAU DU RIVAU

After Jan Van Eyck

Sabine Pigalle reprend l’œuvre de Jan Van Eyck Les époux Arnolfini réalisé en 1434 pour donner sa vision contemporaine du mariage. Ici les époux sont respectivement chacun dans leur camp : l’époux a lâché ici la main de son épouse pour s’adresser à un perroquet afin qu’il l’accompagne dans son envole. A ce tableau, existe un autre pendant qui n’est pas présent dans l’exposition où la dame, quant à elle, s’adresse à un chien qui est aussi fidèle qu’elle au foyer. Sabine Pigalle s’empare d’une peinture classique pour le détourner en une allégorie du mariage dans une dimension contemporaine. L’union sacrée de cette époque est bannie pour laisser place à une forme d’ironie. L’objectif de l’artiste est de commenter ce tableau qui laissé place à divers interprétations : le souhait d'un veuf de réaliser en souvenir son mariage, une femme enceinte, est ce vraiment les époux Arnolfini qui sont représentés etc. Sabine Pigalle nous dévoile qu’il existait un pendant au tableau Les époux Arnolfini qui était de même dimension et dont des gravures attestent de son existence passé : une femme nue aux étuves accompagnée de sa servante. Ne voit on pas déjà une séparation des époux ? Par ailleurs, le tableau faisait parti de la collection royale espagnole où il était enfermé dans une boite par un verrou. Des verres d'eau vive peints sur le pourtour du cadre, laissait paraître une phrase « quel pêché y a-t-il a prétendre on peut toujours faire des promesses, personne ne nous oblige a les tenir ». Ce tableau laisse place à une multitude de doutes et ceci a inspiré Sabine Pigalle qui créait une fable contemporaine de la vision du mariage. « Je réalise ici une allégorie de la vision de l'époux par l'épousé. C'est une sorte d'exégèse » où le temps passe exprimé par le flou dans le fond du tableau mais dont le thème est toujours d'actualité.

- Dutch last supper
Ici, Sabine Pigalle fait une interprétation de la Cène, dernier repas du Christ, revu avec humour. L'artiste veut interroger le visiteur : est ce une énième façon de la cène qui est là peinte, ou est ce une image iconique dans notre culture. Est ce la cène ou un tableau de confrérie comme à pu peindre Rambrandt ? L'autre question qu'il peut se poser c'est pourquoi des femmes ? Celui qui se retrouve devant le tableau, ne sait pas quoi penser. Ce qui intéresse Sabine Pigalle c'est toujours cette sémantique de l'image, de s'interroger sur l'origine de l'image. En effet, dans l’univers chrétien, la cène est une résurgence d’un mythe beaucoup plus ancien, qui a été utile pour se mettre au thème de la résurrection. Ce mythe plus ancien c’est des saisons et de son éternel retour. Les 12 apôtres symbolisent les 12 mois de l’année et la figure du Christ représente le soleil. C'est alors le mythe de la culture, des moissons, du renouveau et du retour éternel du cycle de la fertilité. Léonard de Vinci est lui même conscient de ce mythe païen puisqu'il choisit de regrouper les 12 apôtres par groupe de trois en référence aux quatre saisons. Sabine Pigalle souhaite en faire de même en rappelant l'origine et la fonction de la bonne fortune de cette image en représentant la fertilité, l'acte de création par des dames.
Ce tableau est l'exemple parfait du travail de l'artiste qui présente ici une sorte de mille feuilles, « un recyclage de plus d'une centaine de peintures assemblées, un puzzle qui ouvre plusieurs portes d'entrées ». Par conséquent, « cette technicité permet de peindre une œuvre que tout le monde connait tout en rappelant le souvenir d'une œuvre qui n'existe pas » nous explique Sabine Pigalle. Elle nous dévoile un discours sur la vérité de l'image. C'est un discours sur la vérité de l'image : elle renarre en utilisant et en dévoilant la fonction initiale des images pour reconstituer une cène alors que rien de ces éléments n’est relatif à la cène.
Par ailleurs, Sabine Pigalle a dévoyé le sens de la cène. Le visage des femmes laissent plutôt entrevoir une sorte de tribunal. C'est ici une réflexion, sur la peine de mort, sur le sacrifice d'une personne où un consensus social désigne une victime. Encore une fois, ça rejoint l’imagerie de la cène puisque c’est le dernier repas avant la mort du Christ. Cependant, ici, toutes les personnes présentes, constituent le jury et représentent Judas. Sabine Pigalle utilise encore une fois un tableau emblématique pour montrer sa vision actuelle de la société. Elle crée un parallélisme entre la table qui est opulente et les invitées qui ne semblent pas être généreuses. Elle critique par cette allégorie, une société qui juge, qui a besoin de désigner des coupables, qui a besoin d'être toujours dans le jugement. Les mises à mort dans les société primitive ou évoluée est une forme de catharsis pour la population pour se débarrasser d’angoisses. Ce sacrifice permet de se purifier. Sabine Pigalle nous livre ici une image universelle, intemporelle qui dévoile tellement de choses et qui s'applique à toute sorte de société de société que ce soit des microcosme familiaux ou des macrocosme des nations. Dutch Last Supper s'intègre parfaitement dans la salle du festin où il reflète la table dressée au milieu de la pièce et l'abondance de la table rappelle la fresque murale représentant le festin de Balthazar.